Mitsubishi Mirage

Mitsubishi Mirage

La Mitsubishi Mirage apparaît au Japon en mars 1978 et marque une rupture technique importante dans l’histoire du constructeur. Compacte, légère et conçue autour d’un moteur transversal entraînant les roues avant, elle devient la première Mitsubishi Motors à adopter cette architecture. Son développement répond directement aux nouvelles priorités apparues après le choc pétrolier de 1973 : réduire la consommation et l’encombrement sans sacrifier l’espace disponible pour les occupants.

La Mirage pose aussi un problème d’identification pour le public européen. Mitsubishi utilise en effet le nom Mirage au Japon, tandis que plusieurs marchés d’exportation connaissent cette famille sous l’appellation Mitsubishi Colt. Cette différence de nomenclature explique pourquoi deux voitures pratiquement identiques peuvent apparaître sous des noms différents dans les catalogues et documents d’époque.

Une nouvelle compacte Mitsubishi en 1978

Le nom Mirage est dévoilé à l’occasion du Tokyo Motor Show d’octobre 1977, quelques mois avant le début de la commercialisation japonaise. Le modèle est lancé en mars 1978 et accompagne l’ouverture du réseau Car Plaza de Mitsubishi. Sa conception tranche avec celle des berlines traditionnelles de la marque, encore largement fidèles au moteur longitudinal et à la propulsion.

La Mirage vient occuper un espace stratégique dans la gamme japonaise. Plus grande et plus polyvalente que la petite Mitsubishi Minica, elle propose une solution compacte adaptée aux contraintes urbaines et aux attentes croissantes en matière d’économie de carburant. Elle se distingue également de la Mitsubishi Lancer contemporaine, dont l’architecture reste alors plus conventionnelle.

La première carrosserie est un hatchback trois portes aux proportions particulièrement compactes. Une variante plus longue apparaît rapidement, avec un empattement porté de 2 300 à 2 380 mm. Mitsubishi complète ensuite la famille avec une berline tricorps. Cette diversification permet à la Mirage de dépasser son rôle initial de petite compacte et d’occuper progressivement plusieurs positions dans la gamme.

Traction avant et transmission Super Shift

La véritable nouveauté se trouve sous la carrosserie. Mitsubishi installe le moteur transversalement et adopte la traction avant, une première pour une voiture particulière Mitsubishi Motors. Cette disposition libère de l’espace dans l’habitacle et contribue à réduire les dimensions extérieures. Elle correspond parfaitement à l’objectif de créer une automobile compacte utilisant efficacement sa surface au sol.

L’adaptation n’est pourtant pas aussi simple qu’elle le deviendra sur les générations suivantes. Les moteurs disponibles n’avaient pas été initialement conçus pour cette implantation transversale. Mitsubishi développe donc une transmission comprenant notamment un dispositif de transfert et un engrenage permettant d’obtenir le sens de rotation nécessaire.

Cette contrainte technique donne naissance à l’une des particularités les plus célèbres de la Mirage : la boîte Super Shift. Une boîte manuelle à quatre rapports est associée à une seconde commande proposant deux gammes, baptisées Power et Economy. Le conducteur dispose ainsi théoriquement de huit combinaisons de rapports en marche avant. La gamme Power privilégie une démultiplication plus courte, tandis que la position Economy allonge la transmission.

Le système ne transforme pas la Mirage en sportive à huit vitesses conventionnelles. Il s’agit plutôt de deux démultiplications applicables aux quatre rapports de la boîte principale. Cette solution originale illustre la manière dont Mitsubishi a exploité les contraintes de sa première architecture à traction avant pour proposer une fonction supplémentaire au conducteur.

Des moteurs 1,2 et 1,4 litre au lancement

Au Japon, la gamme initiale repose principalement sur les quatre cylindres essence Orion de 1 244 et 1 411 cm³. Les versions japonaises couramment documentées développent respectivement autour de 72 PS et 82 PS dans leur configuration d’époque. Ces chiffres ne doivent pas être appliqués automatiquement aux modèles d’exportation, les réglages, dispositifs antipollution et normes de mesure de puissance variant suivant les marchés.

La légèreté constitue l’autre élément déterminant du comportement de la voiture. Certaines Mirage trois portes de base restent autour de 760 kg, tandis que des variantes plus puissantes ou mieux équipées dépassent 800 kg. La carrosserie trois portes ne mesure que 3,79 m de long pour 1,585 m de large, ce qui replace clairement le modèle dans l’univers des compactes de la fin des années 1970.

La gamme mécanique s’élargit dès 1979 avec un moteur 1,6 litre et l’arrivée d’une transmission automatique à trois rapports. Mitsubishi développe parallèlement des versions plus performantes, dont la 1600 GT. La Mirage cesse ainsi rapidement d’être une simple proposition économique et devient une famille suffisamment large pour couvrir plusieurs niveaux de puissance et d’équipement.

Fiche technique de la Mitsubishi Mirage

CaractéristiqueMitsubishi Mirage première génération
LancementMars 1978 au Japon
FamilleSérie A150
ArchitectureMoteur avant transversal, traction avant
CarrosseriesHatchback 3 portes, hatchback à carrosserie longue, puis berline tricorps
Moteurs initiaux4 cylindres essence Orion 1 244 cm³ et 1 411 cm³
Puissance indicative au JaponEnviron 72 PS pour le 1,2 litre et 82 PS pour le 1,4 litre, selon version
Moteur ajouté en 19794 cylindres essence 1,6 litre
TransmissionManuelle 4 rapports, notamment avec système Super Shift Power/Economy ; autres transmissions selon version
Boîte automatique3 rapports disponible à partir de 1979
SuspensionQuatre roues indépendantes, jambes de force à l’avant
DirectionÀ crémaillère
FreinageDisques avant et tambours arrière sur les versions courantes
Longueur3 790 mm pour la 3 portes de lancement ; environ 3 895 mm pour la carrosserie longue
Largeur1 585 mm pour le modèle japonais de lancement
Hauteur1 350 mm pour le modèle japonais de lancement
Empattement2 300 mm en 3 portes ; 2 380 mm pour la carrosserie longue
PoidsEnviron 760 kg à plus de 850 kg selon carrosserie, moteur et équipement
Vitesse maximaleEnviron 150 km/h pour certaines versions 1,2 litre documentées

Une gamme qui évolue jusqu’au turbo

La carrière de la première Mirage est marquée par des évolutions plus importantes que ne le laisse penser sa silhouette relativement simple. Mitsubishi augmente progressivement les motorisations disponibles et étend les carrosseries. Au début des années 1980, cette architecture à traction avant sert également de base à d’autres propositions du constructeur, dont la Mitsubishi Cordia, coupé lancé dans un positionnement plus sportif.

En 1982, la Mirage reçoit notamment un moteur 1,4 litre turbocompressé. L’arrivée du turbo montre l’évolution rapide du modèle : la compacte pensée dans le contexte des économies d’énergie devient aussi un support pour les nouvelles motorisations performantes que les constructeurs japonais développent alors à grande échelle.

La même période voit apparaître une technologie très différente, baptisée Modulated Displacement. Sur le moteur concerné, deux des quatre cylindres peuvent être désactivés lorsque la charge est faible. Mitsubishi annonce alors une consommation de 20 km/l sur le cycle japonais 10-mode. Cette valeur concerne cette version spécifique de 1982 et non les Mirage de lancement.

Une berline quatre portes enrichit également la gamme en fin de carrière. La première génération arrive ainsi en 1983 avec une offre beaucoup plus étendue qu’en 1978, comprenant plusieurs carrosseries, différentes cylindrées, des versions économiques et des déclinaisons plus performantes.

Un style compact pensé autour de l’espace

Visuellement, la Mirage appartient sans ambiguïté à la fin des années 1970. Ses lignes sont rectilignes, les surfaces vitrées généreuses et les montants relativement fins. Mitsubishi décrit alors une forme générale trapézoïdale, complétée par un capot plongeant et des surfaces aussi affleurantes que possible afin d’améliorer l’aérodynamique.

La trois portes se reconnaît à ses porte-à-faux contenus, à ses grandes portes latérales et à son arrière presque vertical. Ce dessin privilégie davantage l’utilisation de l’espace que l’effet stylistique. La variante longue conserve la même identité mais offre davantage de place, tandis que la berline tricorps modifie sensiblement les proportions en ajoutant un coffre séparé.

Cette première Mirage doit surtout être distinguée des voitures beaucoup plus récentes portant le même nom. Mitsubishi réutilise en effet l’appellation pour une citadine mondiale lancée en 2012. En Europe occidentale, cette génération moderne est commercialisée sous le nom Mitsubishi Space Star 2. Une berline tricorps dérivée existe également sous l’appellation Mitsubishi Mirage G4. Elles n’ont pas de continuité technique directe avec la compacte A150 de 1978.

Mirage au Japon, Colt à l’exportation

L’histoire de la Mirage est indissociable de la politique de noms de Mitsubishi. Sur plusieurs marchés étrangers, notamment européens, la première génération est vendue comme Colt. Une recherche consacrée à une « Mirage 1978 » peut donc aboutir à des photographies, catalogues ou fiches techniques portant le badge Colt alors qu’ils décrivent essentiellement la même famille automobile.

Cette double identité se poursuit avec le renouvellement du début des années 1980. La nouvelle génération apparaît au Japon sous le nom Mirage tandis que l’appellation Colt continue d’être employée sur certains marchés d’exportation, une filiation que l’on retrouve avec la Mitsubishi Colt 2. Les différences de moteurs, d’équipements et d’homologation imposent néanmoins de ne pas considérer toutes les Colt et Mirage d’un même millésime comme strictement identiques.

La Mirage de 1978 demeure surtout le point de départ technique de cette longue histoire. En adoptant le moteur transversal et la traction avant, Mitsubishi introduit une architecture qui deviendra fondamentale pour ses compactes des décennies suivantes. La Super Shift, les variantes turbo puis la désactivation partielle des cylindres montrent aussi combien cette première génération a servi de terrain d’expérimentation pendant ses quelques années de carrière.