Simca 1308

Simca 1308

La Simca 1308 apparaît en 1975 au sommet d’une nouvelle famille de berlines conçue sous l’égide de Chrysler Europe. Avec sa traction avant, ses cinq portes et son grand hayon, elle rompt nettement avec les familiales traditionnelles qu’elle remplace. La 1308 GT de lancement associe cette carrosserie moderne à un quatre cylindres de 1 442 cm3 développant 85 ch DIN et à un équipement particulièrement complet pour une Simca de cette époque.

La dénomination demande toutefois une distinction importante. La 1308 n’est pas un modèle isolé techniquement de la Simca 1307 : les deux voitures appartiennent au même programme C6 et partagent leur carrosserie ainsi qu’une grande partie de leur conception. Au lancement, le nombre 1308 désigne essentiellement la 1308 GT, plus puissante et mieux équipée que les 1307 GLS et S.

Une nouvelle familiale pour Simca

Au début des années 1970, Simca doit renouveler ses familiales classiques. Les Simca 1301 et Simca 1501, issues d’une conception plus ancienne avec moteur longitudinal et roues arrière motrices, ne correspondent plus entièrement à l’évolution du marché. Le projet C6 adopte donc une architecture beaucoup plus moderne pour la catégorie : moteur transversal, roues avant motrices, carrosserie autoporteuse et hayon.

Cette formule n’est pas entièrement nouvelle en France. La Renault 16 avait déjà démontré l’intérêt d’une familiale à hayon, tandis que Simca possédait sa propre expérience de la traction avant avec la Simca 1100. Le projet C6 reprend d’ailleurs certains principes et éléments techniques de cette dernière, tout en les adaptant à une voiture plus grande et plus ambitieuse.

Le style est développé au centre de Chrysler Europe à Whitley, au Royaume-Uni. Le dessin est attribué à Keith Cockell, au sein de l’équipe placée sous la direction de Roy Axe. La mise au point technique et industrielle est conduite en France, notamment à Carrières-sous-Poissy, avant une fabrication française à Poissy.

Présentée à la presse durant l’été 1975, puis commercialisée pour le millésime 1976, la nouvelle gamme comprend les 1307 GLS, 1307 S et 1308 GT. Cette dernière reçoit le moteur de 1 442 cm3 et occupe immédiatement la position la plus élevée dans la famille.

La 1308 GT, version haut de gamme

Le moteur de la 1308 GT appartient à la famille dite Poissy. Ce quatre cylindres de 1 442 cm3 conserve une distribution à arbre à cames latéral et soupapes en tête, une solution éprouvée plutôt que techniquement révolutionnaire. Alimenté par un carburateur double corps, il délivre 85 ch DIN. Il est installé transversalement à l’avant et entraîne les roues avant par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à quatre rapports.

Le châssis privilégie davantage l’équilibre et le confort d’une familiale que la sophistication mécanique pure. Les quatre roues sont indépendantes, avec des barres de torsion à l’avant et des bras tirés associés à des ressorts hélicoïdaux à l’arrière. La direction est à crémaillère, tandis que le freinage combine disques avant et tambours arrière.

La carrosserie constitue l’élément le plus caractéristique du modèle. Longue d’environ 4,25 m, la 1308 offre cinq véritables portes et une banquette arrière rabattable. Le grand hayon transforme rapidement l’espace arrière en zone de chargement, sans imposer la silhouette d’un break. Les surfaces vitrées généreuses, les lignes tendues et les volumineux boucliers en matière synthétique lui donnent une apparence particulièrement contemporaine au milieu des années 1970.

La finition GT justifie également son positionnement par l’équipement. Selon les millésimes et marchés, elle reçoit notamment une sellerie en velours, des vitres teintées, des appuie-tête, des lève-vitres électriques et des dispositifs de nettoyage des projecteurs. Cette présentation contribue à différencier immédiatement la 1308 des versions 1307 moins coûteuses, malgré leur carrosserie commune.

Fiche technique de la Simca 1308

CaractéristiqueSimca 1308 GT de lancement
Année d’apparition1975
CarrosserieBerline bicorps 5 portes, 5 places
StructureMonocoque
Moteur4 cylindres en ligne essence, moteur Poissy
DistributionArbre à cames latéral, soupapes en tête, 8 soupapes
Cylindrée1 442 cm3
Alésage x course76,7 x 78,0 mm
Taux de compression9,5:1
AlimentationCarburateur double corps
Puissance maximale85 ch DIN à 5 600 tr/min
Couple maximalEnviron 125 Nm à 3 000 tr/min
ImplantationMoteur transversal avant
TransmissionTraction avant
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports synchronisés
Suspension avantRoues indépendantes, barres de torsion longitudinales
Suspension arrièreRoues indépendantes, bras tirés et ressorts hélicoïdaux
DirectionÀ crémaillère
Freins avantDisques
Freins arrièreTambours
Pneumatiques155 SR 13
LongueurEnviron 4 245 mm
Largeur1 680 mm
HauteurEnviron 1 400 mm
Empattement2 604 mm
Voie avant1 415 mm
Voie arrière1 390 mm
PoidsEnviron 1 050 kg
Vitesse maximaleEnviron 165 km/h
0 à 100 km/hEnviron 13 à 14 s suivant les mesures publiées
1 000 m départ arrêtéEnviron 35,4 à 35,8 s
Réservoir58 litres
Consommation normalisée documentéeEnviron 8,7 l/100 km
Puissance fiscale au lancement8 CV
Volume de coffreEnviron 470 litres, jusqu’à environ 1 400 litres banquette rabattue

Un succès immédiat et le titre de Voiture de l’année

Le lancement commercial est rapidement suivi d’une distinction majeure. Pour l’édition 1976 du trophée européen Car of the Year, l’ensemble Simca 1307-1308 obtient la première place avec 192 points, devant la BMW Série 3, créditée de 144 points, et la Renault 30 TS avec 107 points. Le jury apprécie notamment l’habitabilité, le hayon, la capacité de chargement et le comportement routier de la nouvelle Simca.

Cette récompense intervient alors que la mécanique elle-même est moins novatrice que la conception générale de la voiture. Le moteur à arbre à cames latéral appartient à une génération technique déjà éprouvée. La force de la 1308 réside plutôt dans la combinaison de solutions rationnelles : traction avant, espace intérieur généreux, carrosserie cinq portes polyvalente et équipement valorisant.

La demande conduit à une montée rapide des cadences de fabrication de la famille 1307/1308. Les chiffres globaux publiés pour la production varient cependant selon qu’ils englobent seulement la France, plusieurs marchés ou l’ensemble des variantes internationales. Il n’existe pas de total suffisamment établi permettant d’isoler proprement la seule 1308 GT parmi toutes les 1307, 1308 et 1309 produites. Le chiffre parfois cité d’environ 895 000 voitures concerne la famille élargie et ne doit donc pas être attribué à la 1308 seule.

1308 S, Jubilé et évolution de la gamme

La gamme évolue pendant sa courte carrière. Une 1308 S apparaît après le lancement initial et associe le moteur de 1 442 cm3 à un niveau de présentation distinct de celui de la GT. En 1979, la 1308 S Jubilé constitue l’une des déclinaisons les plus reconnaissables et les plus rares, avec une présentation spécifique comprenant notamment des jantes en alliage Pedrini à 16 rayons.

Parallèlement, Chrysler élargit la famille avec la Simca 1309 SX. Celle-ci reçoit un moteur de 1 592 cm3 associé à une transmission automatique et pousse plus loin le positionnement haut de gamme. Elle ne doit pas être assimilée à une simple version mécanique de la 1308 : son appellation correspond à une déclinaison distincte introduite tardivement dans la même famille.

Les appellations étrangères compliquent encore la lecture historique. Des voitures issues du même programme sont commercialisées sur certains marchés sous des noms Chrysler, notamment Alpine ou 150, avec des motorisations et équipements qui peuvent différer. Une caractéristique relevée sur une Chrysler Alpine britannique n’est donc pas automatiquement applicable à une Simca 1308 GT française.

À la fin des années 1970, l’environnement industriel change profondément. Peugeot prend le contrôle des activités européennes de Chrysler en 1978 et la marque Talbot est ensuite réactivée. Durant l’été 1979, la famille reçoit un restylage important et devient Talbot 1510. Cette dernière prolonge la base technique du projet C6, mais elle constitue une nouvelle identité commerciale plutôt qu’un millésime supplémentaire de la Simca 1308.

Une familiale typique du tournant des années 1970

La 1308 occupe une place particulière dans l’histoire de Simca parce qu’elle réunit deux époques techniques. Son moteur est issu d’une mécanique éprouvée, tandis que son architecture générale et sa carrosserie répondent pleinement aux nouvelles attentes européennes. La traction avant libère de l’espace, le hayon facilite le chargement et la banquette rabattable permet à une familiale classique de remplir ponctuellement le rôle d’un break.

Son dessin traduit également cette transition. Les volumes restent simples et fonctionnels, sans recherche d’une silhouette sportive, mais les grands boucliers synthétiques, l’importante surface vitrée et l’arrière à hayon la distinguent nettement des berlines tricorps qu’elle remplace. La 1308 GT ajoute à cette formule une présentation suffisamment riche pour viser une clientèle qui attend davantage qu’un simple moyen de transport familial.

Sa carrière sous le nom Simca est finalement brève, de 1975 à 1979, ce qui contraste avec la durée de vie de sa base technique. La disparition de l’appellation intervient moins à cause d’une rupture technique que de la réorganisation de Chrysler Europe et du passage à Talbot. Dans la gamme française de la fin de la décennie, elle cohabite aussi avec la plus compacte Simca Horizon, lancée ultérieurement et elle aussi distinguée par le trophée européen de la Voiture de l’année.

Prix d’époque et collection

Lors de son lancement, la 1308 GT est affichée autour de 26 920 francs en France, un tarif supérieur à ceux des 1307 GLS et S qui correspond à son statut de version haut de gamme. En 1979, la 1308 S Jubilé atteint environ 39 950 francs, dans un contexte où l’inflation rend toute comparaison directe entre ces deux montants peu pertinente sans conversion économique.

La 1308 est aujourd’hui beaucoup moins visible que ne pourrait le laisser penser le succès commercial initial de la famille. Les exemplaires ont longtemps été considérés comme de simples voitures d’occasion avant d’entrer progressivement dans le domaine de la collection. Il n’existe cependant pas de cote unique suffisamment robuste pour donner une valeur représentative : l’état de la carrosserie, l’authenticité, la version et la qualité de la restauration créent des écarts importants.

La 1308 S Jubilé se distingue davantage par sa rareté. Produite à la fin de la carrière du modèle et dotée d’éléments de présentation spécifiques, elle est nettement moins courante que les versions diffusées au coeur des années 1970. Cette déclinaison clôt pratiquement l’histoire de la 1308 sous l’identité Simca, quelques mois avant que le projet C6 poursuive sa carrière sous le nom Talbot 1510.