Lancée en 1951, la Simca Aronde marque une rupture dans l’histoire du constructeur français. Jusqu’alors étroitement lié aux modèles Fiat produits sous licence, Simca présente avec elle une berline dotée d’une carrosserie spécifique et d’une structure monocoque. L’Aronde conserve d’abord une mécanique issue de la génération précédente, mais affirme une identité propre qui accompagnera la forte croissance de la marque pendant les années 1950.
Le nom Aronde désigne en réalité une famille qui évolue considérablement jusqu’en 1963. La première Simca 9 Aronde de 1951, les Aronde 1300 apparues au milieu de la décennie et la P60 de la fin des années 1950 ne possèdent donc ni exactement la même carrosserie, ni les mêmes caractéristiques techniques. Cette distinction est essentielle pour comprendre des fiches techniques parfois contradictoires lorsque toutes ces versions sont regroupées sous une seule appellation.
Une nouvelle berline pour émanciper Simca de Fiat
À la fin des années 1940, Henri-Théodore Pigozzi veut donner davantage d’indépendance à Simca. Le constructeur s’est développé en France grâce à des automobiles directement dérivées de Fiat, dont la Simca 8. Le projet de la future Aronde, connu sous la désignation 1200 X, est engagé vers 1948. La nouvelle voiture doit conserver une mécanique éprouvée tout en adoptant une carrosserie moderne conçue spécifiquement pour Simca.
Présentée officiellement le 31 mai 1951, l’Aronde adopte une silhouette ponton, avec des ailes intégrées à la carrosserie et des volumes sensiblement plus modernes que ceux de la Simca 8. Sa caisse monocoque constitue également une évolution importante. Le moteur reste cependant le quatre cylindres de 1 221 cm3 dérivé de celui de sa devancière. Cette combinaison permet à Simca de limiter les risques industriels tout en renouvelant profondément son produit.
L’attribution exacte du dessin mérite une nuance. René Dumas est généralement associé au style ou à la finalisation de la carrosserie, tandis que certaines sources historiques mentionnent aussi le designer italien Mario Revelli di Beaumont. L’Aronde n’en possède pas moins une identité Simca très affirmée. Les premières voitures se reconnaissent notamment à leur calandre dite “podium”, à leur pare-chocs arrière monobloc et à plusieurs détails qui seront rapidement modifiés.
Le démarrage commercial est suffisamment important pour que la 100 000e Aronde soit produite dès mars 1953. Cette réussite transforme l’échelle de Simca et fait de l’Aronde l’une des automobiles françaises emblématiques de la reconstruction et de la motorisation des ménages des années 1950.
De la Simca 9 à l’Aronde P60
L’Aronde connaît des évolutions régulières plutôt qu’une carrière figée. Les premières Simca 9 de 1951 sont rapidement corrigées et améliorées. La batterie, initialement installée sous la banquette avant, passe notamment sous le capot. Pour le millésime 1954, la voiture reçoit une présentation profondément remaniée, particulièrement visible à l’avant. En 1955 apparaissent également des modifications de roues et des carrosseries surbaissées.
Une étape majeure intervient avec l’Aronde 1300, commercialisée pour le millésime 1956. Son nouveau moteur Flash porte la cylindrée à 1 290 cm3 et la carrosserie évolue avec une poupe plus longue et de petits ailerons. La gamme s’enrichit parallèlement de niveaux de finition et d’appellations multiples, parmi lesquels Élysée et Montlhéry, cette dernière exploitant directement l’image des campagnes de records organisées par Simca.
Présentée en 1958 pour le millésime 1959, la Simca Aronde P60 constitue la dernière transformation majeure. Son dessin est nettement modernisé, avec des lignes plus tendues, un pavillon plus plat et des parties avant et arrière redessinées. Sous cette nouvelle apparence subsistent toutefois les principes fondamentaux de l’Aronde, notamment le moteur avant longitudinal et la propulsion.
La mécanique continue elle aussi d’évoluer. Après le moteur Flash, Simca introduit le Rush, dont le vilebrequin à cinq paliers améliore notamment la robustesse et la régularité de fonctionnement. Ces transformations expliquent pourquoi une puissance, un poids ou une vitesse maximale attribués à une P60 ne peuvent pas être utilisés pour décrire correctement une Aronde de 1951.
Une famille de carrosseries particulièrement étendue
Si la berline quatre portes forme le coeur de la gamme, Simca exploite largement la base de l’Aronde. Breaks, commerciales et utilitaires côtoient des variantes plus valorisantes. Les appellations Châtelaine, Commerciale, Messagère ou Intendante répondent ainsi à des usages différents et participent à la diffusion de la mécanique Aronde bien au-delà de la berline familiale.
La gamme comprend aussi des modèles à vocation plus élégante. Le coupé Simca Plein Ciel et le cabriolet Océane utilisent la mécanique de la famille dans des carrosseries spécifiques. Ils ne doivent donc pas être confondus avec de simples niveaux de finition de la berline. La même distinction s’impose pour les modèles Simca Sport, qui appartiennent à une branche particulière de l’histoire du constructeur.
Cette multiplication des carrosseries accompagne une stratégie commerciale très large. L’Aronde peut être une berline familiale relativement accessible, un véhicule utilitaire ou un modèle plus statutaire et performant. Elle contribue ainsi à installer Simca comme un constructeur généraliste de premier plan sur le marché français des années 1950.
Fiche technique de la Simca Aronde
| Caractéristique | Simca 9 Aronde de lancement, 1951 |
|---|---|
| Moteur | 4 cylindres en ligne essence, bloc fonte, culasse aluminium |
| Distribution | Soupapes en tête, arbre à cames latéral |
| Cylindrée | 1 221 cm3 |
| Alésage x course | 72 x 75 mm |
| Vilebrequin | 3 paliers |
| Alimentation | Carburateur |
| Puissance | 45 ch à environ 4 400 à 4 500 tr/min |
| Puissance fiscale | 7 CV |
| Couple | Environ 8,45 mkg, soit 83 Nm, à 2 600 tr/min |
| Taux de compression | Environ 6,7 à 6,8:1 |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports, 3 rapports synchronisés, levier au volant |
| Structure | Caisse monocoque autoporteuse en acier |
| Suspension avant | Roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames longitudinaux |
| Direction | Mécanique à vis et secteur |
| Freins | Tambours aux quatre roues |
| Pneumatiques | 5.50 x 15 |
| Longueur | Environ 4 067 mm |
| Largeur | Environ 1 558 mm |
| Hauteur | Environ 1 520 mm |
| Empattement | Environ 2 440 mm |
| Poids | Environ 870 à 880 kg |
| Vitesse maximale | Environ 120 km/h |
| Consommation mesurée dans un essai d’époque | Environ 8,3 l/100 km |
| Architecture électrique | 12 V |
Les records de Montlhéry
Simca utilise très tôt l’endurance pour démontrer la robustesse de son nouveau modèle. En août 1952, une Aronde est lancée sur l’autodrome de Linas-Montlhéry dans une campagne de records. Elle dépasse notamment les 20 000 km à une moyenne supérieure à 117 km/h. La tentative de poursuivre jusqu’à 100 000 km est finalement interrompue par la rupture d’un arbre de roue.
Simca revient à Montlhéry en 1953. Une nouvelle Aronde parcourt alors plus de 115 000 km en 49 jours, avec 100 000 km accomplis à une moyenne supérieure à 104 km/h. Au-delà des records eux-mêmes, l’opération fournit à la marque un puissant argument publicitaire: la voiture familiale produite en grande série est présentée comme capable de soutenir durablement une allure proche de sa vitesse maximale.
Une nouvelle campagne intervient en 1957, mais elle concerne cette fois une Aronde 1300 et non la Simca 9 originelle. L’exemplaire numéro 538 080, prélevé sur la production, parcourt 100 000 km à environ 113,1 km/h de moyenne. Cette distinction chronologique est importante, car les exploits de Montlhéry sont fréquemment regroupés comme s’ils avaient été réalisés par une seule et même version de l’Aronde.
Production et fin de carrière
La carrière industrielle de l’Aronde accompagne l’expansion spectaculaire de Simca. La production franchit rapidement les grandes étapes symboliques et la voiture s’impose au coeur du marché français. En 1956, elle atteint le sommet des ventes nationales selon les statistiques historiques généralement retenues. Son succès permet à Simca de changer de dimension avant même l’arrivée des modèles qui renouvelleront la gamme au début des années 1960.
Le total précis le plus solidement documenté est de 1 274 819 Aronde produites, même si certaines publications historiques arrondissent la diffusion de la famille à environ 1,4 million d’exemplaires. La dernière Aronde portant le numéro 1 274 819 sort de production le 22 mai 1963. Les mentions d’une fabrication jusqu’en 1964 rencontrées dans certaines fiches correspondent notamment aux décalages de millésimes ou de commercialisation et ne doivent pas être confondues avec cette date de fin de production française.
La disparition de l’Aronde intervient alors que Simca renouvelle profondément son catalogue. La Simca 1000, plus compacte et à moteur arrière, occupe depuis 1961 un autre segment et ne constitue donc pas à elle seule une remplaçante directe. Pour la berline familiale, la relève est surtout assurée par la Simca 1300 et sa soeur 1500, qui ouvrent une nouvelle génération de modèles à Poissy au moment où s’achève la carrière de l’Aronde.




