Simca Plein Ciel

Simca Plein Ciel

Présentée en 1956, la Simca Plein Ciel est un coupé deux portes qui occupe une place à part dans la production française de l’après-guerre. Sous sa carrosserie basse aux influences américaines se trouve une mécanique étroitement dérivée de la Simca Aronde. Sa réalisation est confiée à Facel-Métallon, ce qui lui donne un statut nettement plus exclusif que celui des berlines dont elle reprend les principaux organes.

La Plein Ciel forme un duo avec l’Océane, son équivalent découvrable. Toutes deux arrivent au moment où Simca connaît une forte croissance et cherche à compléter ses modèles de grande série par des automobiles d’image. La Plein Ciel n’est donc pas une sportive radicale : c’est avant tout un coupé élégant, relativement coûteux et destiné à valoriser la gamme.

Un coupé Simca construit par Facel-Métallon

Les relations entre Simca et Facel-Métallon précèdent largement la Plein Ciel. La marque française avait déjà développé une succession de carrosseries spéciales réunies dans la famille Simca Sport. Cette collaboration permettait à Simca de proposer des coupés et cabriolets beaucoup plus exclusifs que ses modèles de grande série sans mettre en place une chaîne de fabrication spécifique pour de faibles volumes.

Au milieu des années 1950, cette formule doit cependant être renouvelée. Le Coupé de Ville et le Simca Week-End appartiennent encore à la génération précédente des carrosseries spéciales. Henri Théodore Pigozzi, dirigeant de Simca, apprécie alors les tendances venues des États-Unis. La nouvelle génération adopte en conséquence une silhouette plus spectaculaire, dominée par un pare-brise panoramique et une profusion de détails chromés.

Facel-Métallon joue un rôle essentiel dans la réalisation de la voiture sous l’impulsion de Jean Daninos. L’attribution du dessin est plus complexe que ne le laissent entendre certaines fiches historiques : la documentation consacrée à ces Simca évoque à la fois une origine liée à Stabilimenti Farina et l’intervention de Daninos, notamment sur le pavillon. Il est donc plus exact de rattacher la Plein Ciel à la collaboration entre Simca et Facel-Métallon que d’attribuer sans nuance l’ensemble de son style à un seul designer.

Un premier exemplaire est présenté en août 1956. Sa calandre possède encore un élément central qui disparaît rapidement. La version destinée au public est dévoilée au Salon de l’Automobile de Paris en octobre 1956, ce qui explique une particularité de sa chronologie : la Plein Ciel est fréquemment répertoriée comme modèle 1957 alors que sa première apparition remonte bien à 1956.

Une Aronde sous une carrosserie très différente

La spectaculaire carrosserie ne s’accompagne pas d’une mécanique entièrement nouvelle. La Plein Ciel repose sur les organes de l’Aronde 1300 et reçoit initialement le quatre cylindres Flash Spécial de 1 290 cm3. Installé longitudinalement à l’avant, il entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à quatre rapports. Dans sa première définition, ce moteur développe 57 ch SAE à 5 200 tr/min.

Cette architecture permet à Simca de conserver une base éprouvée tout en donnant au coupé une personnalité propre. La construction reste autoporteuse, avec des roues avant indépendantes et un essieu arrière rigide associé à des ressorts à lames. Le freinage est assuré par quatre tambours hydrauliques. La Plein Ciel relève ainsi davantage du grand tourisme léger que de la voiture de compétition : son intérêt réside dans l’association d’une mécanique de grande série et d’une carrosserie beaucoup plus raffinée.

La mécanique évolue pendant sa carrière. Aux premières versions équipées du Flash Spécial succèdent des configurations plus puissantes, jusqu’au moteur Rush Super à vilebrequin cinq paliers sur les dernières évolutions. Cette chronologie explique les puissances différentes rencontrées dans les documentations consacrées au modèle. Il serait notamment erroné d’attribuer aux Plein Ciel de 1956 les valeurs des moteurs apparus plusieurs années plus tard.

Fiche technique de la Simca Plein Ciel

CaractéristiqueDonnée
TypeCoupé 2 portes
Période de production1956 à 1962
StructureMonocoque autoporteuse
Moteur d’origineSimca Flash Spécial, 4 cylindres en ligne essence
Cylindrée1 290 cm3
Alésage x course74 x 75 mm
DistributionSoupapes en tête
AlimentationCarburateur Solex
Taux de compression initial7,8:1
Puissance initiale57 ch SAE à 5 200 tr/min
Évolution moteurFlash Spécial puis Rush Super selon millésime
ImplantationMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports
Suspension avantRoues indépendantes, ressorts hélicoïdaux, barre stabilisatrice
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
FreinsTambours hydrauliques aux quatre roues
EmpattementEnviron 2,44 m
LongueurEnviron 4,26 à 4,30 m selon version
LargeurEnviron 1,57 m
HauteurEnviron 1,35 à 1,39 m selon version
Voie avantEnviron 1,25 m
Voie arrièreEnviron 1,25 m
PoidsEnviron 940 à 985 kg selon version et méthode de mesure
Pneumatiques5.60 x 14 sur certaines versions documentées
Vitesse maximaleEnviron 135 km/h sur la version initiale, jusqu’à environ 140 à 145 km/h selon évolution
Réservoir42 litres selon les fiches techniques disponibles

Du premier modèle aux évolutions P60

La Plein Ciel ne conserve pas exactement la même apparence pendant ses six années de carrière. Dès les premiers millésimes, Simca modifie certains détails de calandre. Une évolution plus visible intervient à la fin des années 1950 avec une face avant remaniée, des pare-chocs repositionnés et des modifications à l’arrière. Le pavillon du coupé évolue également, notamment avec une lunette arrière agrandie.

Ces transformations accompagnent celles de la gamme Aronde. Avec la période Simca Aronde P60, la Plein Ciel reçoit à son tour des changements de présentation et de mécanique. Cette proximité explique l’appellation « Plein Ciel P60 » rencontrée pour certains exemplaires tardifs, sans faire de la voiture un modèle entièrement indépendant de la lignée commencée en 1956.

La gamme est également adaptée pour tenter de rendre ce coupé coûteux plus accessible. Une finition simplifiée Plein Ciel S apparaît à côté de la présentation plus luxueuse associée à l’appellation Grand Carrossier. Les différences portent notamment sur les équipements et la décoration. Cette stratégie illustre la difficulté inhérente au modèle : la carrosserie spécialisée impose un prix élevé alors que les performances restent proches de celles des meilleures Aronde.

Un style américain au sommet de la gamme

La silhouette constitue la principale raison d’être de la Plein Ciel. Le pare-brise panoramique enveloppe les montants avant et donne immédiatement au coupé une allure très différente de celle d’une Aronde. La ligne de toit basse, la grande surface vitrée, les chromes, les petits ailerons et le traitement horizontal de la carrosserie reprennent des codes alors associés aux automobiles américaines. La Ford Thunderbird est régulièrement évoquée pour situer cette inspiration, sans que la Plein Ciel en soit une copie.

Son modèle jumeau est la Simca Océane, dévoilée à la même époque. La distinction fondamentale est simple : la Plein Ciel possède un pavillon fixe et constitue le coupé, tandis que l’Océane est le cabriolet. Les deux automobiles partagent leur origine technique et une grande partie de leur identité esthétique.

Ce positionnement explique également l’écart considérable avec les Aronde ordinaires. Au Salon de 1957, la Plein Ciel est affichée à 1 079 000 anciens francs, alors qu’une Aronde berline de luxe est annoncée à 595 000 francs. Elle coûte même davantage qu’une Grand Large proposée à 749 000 francs. Le client paie donc moins une supériorité mécanique qu’une carrosserie spéciale, une fabrication en petite série et une présentation de prestige.

Production et rareté de la Plein Ciel

La quantité exacte produite reste l’un des points les moins solidement établis de l’histoire de la Plein Ciel. Les chiffres publiés varient fortement et certains additionnent les Plein Ciel et Océane alors que d’autres semblent ne concerner qu’une version ou une période. En l’absence d’un total d’usine suffisamment étayé pour la seule Plein Ciel, il est préférable de retenir son statut de modèle fabriqué en petite série plutôt qu’un nombre précis d’exemplaires.

Cette production limitée doit être replacée dans le contexte économique de la voiture. La Plein Ciel associait le coût d’une carrosserie spécialisée à une mécanique issue d’un modèle populaire. Son tarif la plaçait dans une position délicate, face à des automobiles plus puissantes ou prestigieuses. Elle remplissait néanmoins parfaitement une autre mission : offrir à Simca une voiture d’image capable d’attirer l’attention dans les salons et les vitrines.

La fabrication s’arrête en 1962, dans une période de profonde transformation de la gamme. La Simca 1000, lancée peu auparavant avec son moteur arrière, symbolise la nouvelle orientation technique de la marque. Le coupé qui en sera dérivé adoptera une carrosserie Bertone et rompra avec la formule Facel-Métallon de la Plein Ciel.

La Plein Ciel dans l’histoire des coupés Simca

La Plein Ciel occupe ainsi une position intermédiaire entre deux époques. Elle prolonge les Simca spéciales des années 1950 tout en portant leur esthétique à son expression la plus américaine. Son intérêt historique ne tient ni à une technologie révolutionnaire ni à un palmarès sportif : aucun programme de compétition majeur propre au modèle n’est solidement établi. Sa singularité vient de sa carrosserie Facel-Métallon et du contraste entre cette présentation sophistiquée et les organes mécaniques éprouvés de l’Aronde.

Les coupés Simca prendront ensuite une direction très différente. Après les modèles dérivés de la 1000, la Simca 1200 S représentera à la fin des années 1960 une interprétation nettement plus sportive du coupé de la marque. La Plein Ciel reste, elle, étroitement attachée aux années Pigozzi et à cette période particulière où Simca pouvait habiller une mécanique de grande série d’une carrosserie produite par l’entreprise qui construisait parallèlement les prestigieuses Facel Vega.