Présentée au Salon de Genève en mars 2018, la Bugatti Chiron Sport transpose les performances hors normes de la Chiron dans une déclinaison davantage tournée vers l’agilité. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, elle ne reçoit pas un moteur plus puissant. Son W16 quadriturbo conserve 1 500 ch et 1 600 Nm. Bugatti concentre ses modifications sur le châssis, les suspensions, la direction, la gestion du couple et l’allègement.
Cette orientation distingue clairement la Sport de la Bugatti Chiron dont elle dérive. La vitesse maximale reste limitée à 420 km/h, mais l’objectif du développement est ailleurs : rendre une hypersportive de près de deux tonnes plus réactive dans les changements d’appui sans sacrifier le confort qui caractérise la Chiron.
Une Chiron développée pour gagner en agilité
Lorsque Bugatti dévoile la Chiron Sport en 2018, deux ans se sont écoulés depuis la présentation de la Chiron. Le constructeur de Molsheim ne cherche pas encore à augmenter les performances du W16. Il travaille plutôt sur la dynamique latérale, domaine dans lequel des réglages de châssis peuvent apporter des gains importants sans remettre en cause l’équilibre général de la voiture.
Le principal changement concerne le Dynamic Handling Package. En mode Handling, les amortisseurs adoptent un réglage environ 10 % plus ferme que sur la Chiron standard. La direction reçoit elle aussi une calibration spécifique. À cela s’ajoute un système Dynamic Torque Vectoring qui intervient sur la répartition du couple entre les roues afin de rendre la voiture plus agile à l’entrée et à la sortie des courbes.
Bugatti annonce également un allègement d’environ 18 kg. Une partie du gain provient des nouvelles roues et de composants en fibre de carbone. La Chiron Sport se distingue notamment par des bras d’essuie-glace en carbone, une première revendiquée par Bugatti sur une automobile de série. Ce travail paraît modeste face à la masse totale de l’auto, mais il accompagne les modifications de suspension et de direction plutôt que de constituer une transformation isolée.
Le résultat est quantifié par Bugatti sur le circuit de maniabilité de Nardò : la Sport y réalise un tour cinq secondes plus rapidement que la Chiron standard. Cette comparaison résume bien sa raison d’être. Les deux voitures disposent de la même puissance et de performances longitudinales très proches, mais la Sport cherche à mieux exploiter son potentiel lorsque la route tourne.
Le W16 de 1 500 ch reste au coeur de la voiture
La mécanique demeure le spectaculaire W16 Bugatti de 7 993 cm³, équipé de quatre turbocompresseurs. Il développe 1 500 ch à 6 700 tr/min et délivre 1 600 Nm entre 2 000 et 6 000 tr/min. La transmission intégrale et la boîte à double embrayage à sept rapports permettent de transmettre ces valeurs considérables au sol.
La Chiron Sport atteint 100 km/h en 2,4 secondes, 200 km/h en 6,1 secondes et 300 km/h en 13,1 secondes. La vitesse maximale reste électroniquement limitée à 420 km/h. Bugatti n’a donc pas transformé la Sport en une variante de vitesse pure : son intérêt réside dans le comportement dynamique obtenu à puissance égale.
Cette philosophie permet aussi de la différencier de la Bugatti Chiron Super Sport, développée ultérieurement avec une attention particulière portée aux performances à très haute vitesse. La Sport de 2018 reste visuellement et mécaniquement très proche de la Chiron originelle, alors que les déclinaisons suivantes spécialisent progressivement davantage le concept.
Fiche technique de la Bugatti Chiron Sport
| Caractéristique | Bugatti Chiron Sport |
|---|---|
| Présentation | 2018 |
| Carrosserie | Coupé 2 portes, 2 places |
| Architecture moteur | W16 essence, 64 soupapes, 4 turbocompresseurs |
| Cylindrée | 7 993 cm³ |
| Implantation | Centrale arrière longitudinale |
| Puissance maximale | 1 500 ch à 6 700 tr/min |
| Couple maximal | 1 600 Nm de 2 000 à 6 000 tr/min |
| Transmission | Intégrale permanente |
| Boîte de vitesses | Double embrayage à 7 rapports |
| Structure | Monocoque en fibre de carbone |
| Suspension avant | Doubles bras transversaux |
| Suspension arrière | Doubles bras transversaux |
| Freins avant | Disques de 420 mm, étriers 8 pistons |
| Freins arrière | Disques de 400 mm, étriers 6 pistons |
| Jantes avant | 10J x 20 |
| Jantes arrière | 13,5J x 21 |
| Pneus avant | 285/30 R20 ZR (Y) |
| Pneus arrière | 355/25 R21 ZR (Y) |
| Longueur | 4 544 mm |
| Largeur | 2 038 mm |
| Hauteur | 1 212 mm en position normale |
| Empattement | 2 711 mm |
| Voie avant | 1 749 mm |
| Voie arrière | 1 661 mm |
| Poids à vide homologué | 1 977 kg DIN, valeur d’homologation reprise de la Chiron |
| Allègement annoncé | Environ 18 kg par rapport à la Chiron |
| 0 à 100 km/h | 2,4 s |
| 0 à 200 km/h | 6,1 s |
| 0 à 300 km/h | 13,1 s |
| 0 à 400 km/h | 32,6 s |
| Vitesse maximale | 420 km/h, limitée électroniquement |
| Accélération latérale maximale annoncée | 1,5 g en mode Handling |
| Réservoir | 100 litres |
| Consommation combinée WLTP | 25,19 l/100 km |
| Émissions de CO2 WLTP | Environ 572 g/km |
Un allègement réel mais un poids homologué particulier
Le poids de la Chiron Sport demande une explication, car deux informations apparemment contradictoires peuvent être rencontrées. Bugatti annonce bien un gain d’environ 18 kg par rapport à la Chiron. Pourtant, sa documentation technique indique 1 977 kg DIN, soit la valeur homologuée de la Chiron standard. La raison est administrative : la Sport n’a pas fait l’objet d’une homologation comme variante distincte permettant d’afficher officiellement une nouvelle masse DIN.
Il serait donc trompeur de transformer mécaniquement les 18 kg gagnés en un poids homologué de 1 959 kg. L’allègement annoncé par Bugatti est bien une caractéristique de la Sport, tandis que 1 977 kg reste la valeur figurant dans sa documentation d’homologation. Cette distinction explique une partie des chiffres différents publiés à son sujet.
Le travail aérodynamique conserve par ailleurs les dispositifs actifs de la Chiron. La hauteur de caisse et la position de l’aileron évoluent en fonction des modes de conduite. Le coefficient de traînée varie lui aussi selon la configuration, avec notamment un Cx annoncé de 0,36 en mode Top Speed. Lors des fortes décélérations, l’aileron arrière peut fonctionner comme aérofrein.
Comment reconnaître une Chiron Sport
Bugatti ne bouleverse pas la silhouette de la Chiron. On retrouve la calandre en fer à cheval, la ligne latérale en forme de C et la poupe traversée par un bandeau lumineux. Les différences sont volontairement plus discrètes que sur les dérivés apparus ensuite.
Les jantes spécifiques allégées constituent l’un des indices les plus visibles. À l’arrière, les quatre sorties d’échappement rondes, disposées par paires, permettent également de distinguer la Sport. Les éléments en fibre de carbone et les nombreuses possibilités de personnalisation peuvent en revanche modifier fortement l’apparence d’un exemplaire à l’autre.
Cette relative sobriété contraste avec la Bugatti Divo, révélée quelques mois plus tard et construite autour du même W16 mais dotée d’une carrosserie et d’une aérodynamique beaucoup plus spécialisées. La Chiron Sport reste ainsi une Chiron identifiable comme telle, simplement affûtée dans les domaines où le modèle originel pouvait gagner en vivacité.
De la Chiron Sport à la Pur Sport
La Sport inaugure une diversification croissante de la famille Chiron. En 2020, la Bugatti Chiron Pur Sport pousse beaucoup plus loin l’idée d’une Bugatti optimisée pour les routes sinueuses. Elle ne constitue pas un simple changement de nom : son aérodynamique, ses rapports de transmission, ses réglages de châssis et sa philosophie générale sont sensiblement plus radicaux. Confondre Sport et Pur Sport revient donc à mélanger deux étapes distinctes du développement de la Chiron.
La Chiron Sport sert également de point de départ à plusieurs séries particulières. La « 110 ans Bugatti », présentée en 2019 et limitée à 20 exemplaires, célèbre l’histoire française de la marque. La Chiron Les Légendes du Ciel, également limitée à 20 unités, rend hommage aux liens historiques entre Bugatti et les pionniers de l’aviation.
Le prix de lancement de la Chiron Sport était fixé à 2,65 millions d’euros hors taxes, avant personnalisation. Sa production s’inscrit dans la limite globale de 500 exemplaires annoncée pour l’ensemble de la famille Chiron : ce nombre ne correspond pas à 500 Chiron Sport. Bugatti n’a pas publié de décompte définitif suffisamment précis permettant d’attribuer avec certitude un volume total à la seule version Sport standard.
À partir de 2021, la fabrication des Chiron et Chiron Sport approche de son terme tandis que les derniers créneaux de la série sont consacrés aux versions plus spécialisées. Les dernières Chiron et Chiron Sport destinées à l’Europe sont achevées en 2022, marquant la disparition progressive de cette première interprétation sportive de la Chiron au profit des Pur Sport et Super Sport.




