Simca Aronde P60

Simca Aronde P60

Présentée en 1958 pour le millésime 1959, la Simca Aronde P60 constitue la dernière grande évolution de l’Aronde. Derrière une carrosserie profondément modernisée, elle conserve les principes fondamentaux de sa devancière, avec une structure monocoque, un moteur quatre cylindres placé à l’avant et une transmission aux roues arrière. Cette formule éprouvée permet à Simca de renouveler rapidement son modèle central sans repartir d’une feuille blanche.

La désignation P60 mérite toutefois une précision. Elle correspond d’abord aux Aronde commercialisées sous ce nom pour les millésimes 1959 et 1960. À partir du millésime 1961, Simca adopte officiellement l’appellation Aronde Rush, en référence au nouveau moteur à vilebrequin cinq paliers. La carrosserie restant très proche, l’usage a progressivement étendu le nom P60 à ces dernières Aronde produites jusqu’en 1963.

Une nouvelle carrosserie pour prolonger la carrière de l’Aronde

L’histoire de la P60 s’inscrit dans celle de la Simca Aronde, modèle essentiel au développement du constructeur français pendant les années 1950. La lignée avait commencé en 1951 avec la Simca 9 Aronde. Après plusieurs évolutions, Simca doit à la fin de la décennie moderniser son modèle familial sans engager immédiatement son remplacement complet.

Sous l’impulsion d’Henri-Théodore Pigozzi, Simca choisit un restylage beaucoup plus ambitieux qu’une simple modification de calandre. La P60 reçoit une nouvelle physionomie avant et arrière, un pavillon remanié et une lunette arrière agrandie. L’empattement de 2,44 m reste pourtant celui de l’Aronde précédente, ce qui illustre bien la philosophie du projet: transformer fortement l’apparence tout en conservant une base industrielle et mécanique déjà amortie.

Le développement connaît un épisode singulier. Une première interprétation de la P60, aujourd’hui surnommée « Bacalan », est fabriquée en présérie avant d’être refusée par Pigozzi. Les voitures sont alors stockées à Bordeaux, dans le secteur de Bacalan. Les documents disponibles ne s’accordent pas exactement sur leur nombre, avec environ 700 à 750 exemplaires mentionnés. Cette première P60 est finalement abandonnée au profit du dessin définitif présenté en 1958.

La nouvelle Aronde apparaît publiquement à l’approche du millésime 1959 et sa commercialisation intervient au début de 1959. Elle arrive dans une gamme Simca particulièrement étoffée, où l’Simca Ariane occupe un échelon supérieur. La P60 doit pour sa part rester une familiale accessible tout en donnant l’impression d’une automobile entièrement renouvelée.

Un style immédiatement reconnaissable

La transformation esthétique est particulièrement visible à l’avant. La P60 adopte une large calandre chromée à barrettes verticales, encadrée par des projecteurs coiffés de petites visières. Le capot, les ailes et les ornements donnent à l’ensemble une présentation plus spectaculaire que celle des Aronde antérieures. L’influence du style américain de la seconde moitié des années 1950 est manifeste sans conduire aux proportions extravagantes de certaines voitures d’outre-Atlantique.

La poupe participe encore davantage à cette évolution. Les ailes arrière sont prolongées et esquissent de petits ailerons, tandis que la lunette agrandie allège visuellement le pavillon. Les nombreuses pièces chromées et les combinaisons de teintes renforcent cette recherche de distinction. Simca met d’ailleurs fortement en avant la personnalisation de la voiture et propose jusqu’à 17 harmonies bicolores dans sa communication commerciale.

Cette carrosserie permet de reconnaître facilement une P60 par rapport à l’Aronde 1300 qui la précède, mais elle ne suffit pas à distinguer une P60 de 1959 ou 1960 d’une Aronde Rush postérieure. À partir du millésime 1961, la présentation évolue notamment avec une décoration latérale simplifiée, tandis que la modification la plus importante se trouve sous le capot avec l’adoption du moteur Rush.

Des moteurs Flash au cinq paliers Rush

Il n’existe pas une mécanique unique propre à toutes les Aronde P60. La gamme est hiérarchisée par les moteurs et les finitions. Les versions économiques peuvent recevoir un quatre cylindres de 1 090 cm3, tandis que le coeur de l’offre repose sur le 1 290 cm3 Flash. Sur l’Élysée, celui-ci développe environ 48 ch, alors que le Flash Spécial des versions Montlhéry atteint environ 57 ch.

Cette mécanique reste conventionnelle: quatre cylindres en ligne, soupapes en tête et alimentation par carburateur. Le moteur est monté longitudinalement à l’avant et associé à une boîte manuelle à quatre rapports qui transmet la puissance aux roues arrière. Cette architecture classique différencie nettement l’Aronde de la Simca 1000, apparue au début des années 1960 avec son moteur arrière.

Le changement mécanique déterminant intervient pour le millésime 1961. Le moteur Rush de 1 290 cm3 reçoit un vilebrequin reposant sur cinq paliers, contre trois pour le Flash. Cette évolution améliore notamment la robustesse et accompagne l’abandon officiel de l’appellation P60. La puissance varie ensuite suivant les versions, de l’Élysée Rush d’environ 52 ch aux variantes sportives les plus poussées. La Montlhéry Spéciale de fin de carrière peut atteindre environ 70 ch.

Les performances reflètent cette diversité. Une Élysée équipée du Flash atteint environ 130 km/h, tandis que la Montlhéry à moteur Flash Spécial approche 140 km/h. Ces écarts expliquent pourquoi présenter une puissance ou une vitesse maximale unique pour la « P60 » donnerait une image erronée d’une gamme comprenant plusieurs niveaux mécaniques.

Fiche technique de la Simca Aronde P60

CaractéristiqueDonnées
PériodePrésentation en 1958, millésime 1959; appellation P60 principalement utilisée pour les millésimes 1959 et 1960
ArchitectureMoteur longitudinal avant, propulsion
StructureCarrosserie monocoque autoporteuse
Moteurs4 cylindres en ligne essence
Cylindrées1 090 cm3 ou 1 290 cm3 selon version
DistributionSoupapes en tête
AlimentationCarburateur
PuissanceEnviron 40 à 57 ch pour les principales P60; jusqu’à environ 70 ch sur les dernières variantes Rush sportives
Moteur Flash1 290 cm3, vilebrequin à 3 paliers
Moteur Rush1 290 cm3, vilebrequin à 5 paliers à partir du millésime 1961
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports
Suspension avantRoues indépendantes, ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièreEssieu rigide; montage évoluant selon millésime
DirectionÀ vis et galet
FreinsTambours sur les quatre roues
Longueur de la berlineEnviron 4,19 m
Largeur de la berlineEnviron 1,57 m
Hauteur de la berlineEnviron 1,43 m
Empattement2,44 m
PoidsVariable suivant carrosserie et version; environ 950 kg pour certaines berlines
Vitesse maximaleEnviron 120 à 140 km/h pour les principales versions P60, davantage selon certaines évolutions Rush

Élysée, Montlhéry et les nombreuses variantes de l’Aronde

La richesse de la gamme explique une grande partie de la complexité entourant aujourd’hui l’identification des P60. L’Élysée constitue l’une des berlines centrales de l’offre, tandis que la Montlhéry adopte une orientation plus performante. Les Étoile 6 et Étoile 7 viennent ensuite élargir la gamme, avec des motorisations et des niveaux d’équipement adaptés à des clientèles différentes. Simca décline également l’Aronde en breaks et utilitaires, avec des appellations qui évoluent au fil des millésimes.

Deux dérivés particulièrement élégants gravitent autour de cette famille. La Simca Plein Ciel est un coupé tandis que la Simca Océane prend la forme d’un cabriolet. Leur association avec la gamme Aronde ne doit pas conduire à les assimiler à la berline P60: ce sont des carrosseries spécifiques, produites avec l’intervention de Facel et positionnées plus haut dans la gamme.

Le nom Montlhéry possède également une histoire antérieure à la P60. Il fait référence aux records établis par une Aronde sur l’autodrome de Montlhéry en 1957. Cette voiture parcourt 100 000 km à plus de 113 km/h de moyenne et accumule plusieurs records internationaux. L’exploit concerne donc une Aronde antérieure et non une P60, même si Simca en exploite ensuite directement la notoriété dans sa nomenclature commerciale.

La P60 possède néanmoins son propre résultat sportif marquant. Au Rallye Monte-Carlo 1959, André Thomas et Jean Dellière conduisent une Aronde P60 Montlhéry à la deuxième place du classement général. Pour une berline familiale de grande série, cette performance fournit à Simca un argument particulièrement efficace pour promouvoir la version Montlhéry.

De la P60 à l’Aronde Rush

Le millésime 1961 marque davantage une évolution qu’une rupture. Simca conserve la carrosserie introduite avec la P60 mais met en avant son nouveau moteur cinq paliers en rebaptisant la gamme Aronde Rush. Les finitions continuent d’évoluer, avec notamment les Étoile, Élysée et Montlhéry, puis la Montlhéry Spéciale. C’est la raison pour laquelle les automobiles de 1961 à 1963 sont fréquemment qualifiées de « P60 » dans les annonces et chez les collectionneurs, même lorsque cette désignation n’est plus celle employée officiellement par Simca.

Cette période correspond aussi à une profonde transformation du constructeur. L’Aronde avait porté l’expansion de Simca pendant les années 1950 et la production de la famille franchit le cap symbolique du million d’exemplaires en 1960. Le nombre attribuable précisément aux seules P60 varie en fonction du périmètre retenu, notamment selon que les Aronde Rush et certaines carrosseries dérivées sont incluses. Un total d’environ 455 000 exemplaires est souvent associé à la P60, tandis qu’un autre décompte publié atteint 490 716 voitures.

En 1963, l’architecture issue de l’Aronde arrive finalement au terme de sa carrière. Simca dispose désormais d’une gamme renouvelée et remplace sa familiale historique par la Simca 1300. La P60 reste ainsi la dernière expression d’une automobile née au début des années 1950, modernisée suffisamment profondément pour accompagner Simca jusqu’à l’arrivée d’une génération entièrement nouvelle.