Présentée à l’automne 1957 pour le millésime 1958, la Simca Chambord incarne la seconde et dernière génération des grandes berlines Vedette françaises à moteur V8. Longue, abondamment chromée et coiffée d’ailerons arrière inspirés des automobiles américaines de l’époque, elle tranche avec les modèles populaires qui feront ensuite l’essentiel du succès de Simca. Sous cette carrosserie spectaculaire se cache pourtant une mécanique dont les origines remontent à Ford et dont la conception est déjà traditionnelle à son lancement.
La Chambord appartient à la seconde série de la Simca Vedette. Elle est fabriquée à Poissy jusqu’en 1961 et connaît parallèlement une carrière spécifique au Brésil. Cette dernière se prolonge et évolue suffisamment pour qu’il soit important de ne pas attribuer aux Chambord françaises les moteurs et transformations développés ultérieurement par la filiale brésilienne.
Une grande Simca née de l’héritage Ford
L’histoire de la Chambord est directement liée au rachat de Ford SAF par Simca en 1954. L’opération permet à Henri-Théodore Pigozzi de récupérer l’usine de Poissy ainsi qu’une gamme de grandes voitures à moteur V8. Simca poursuit d’abord leur commercialisation sous ses propres couleurs avec les Trianon, Versailles et Régence, avant de revoir profondément leur présentation pour la fin des années 1950.
À l’automne 1957, la gamme renouvelée fait son apparition. La Chambord succède à la Simca Régence, tandis que la Beaulieu prend la relève de la Versailles. La fabrication en série des nouvelles berlines débute en octobre. Cette chronologie explique les deux dates souvent associées au modèle : 1957 correspond à sa présentation et au début de sa fabrication, tandis que 1958 désigne son premier millésime commercial.
Le contexte économique est pourtant peu favorable aux grandes cylindrées. Après la crise de Suez, le coût du carburant devient une préoccupation plus sensible et la fiscalité française pénalise les voitures puissantes. Avec ses 13 CV fiscaux, la Chambord se trouve à contre-courant d’un marché qui s’oriente vers davantage d’économie. Simca avait déjà réagi en lançant la Simca Ariane, qui associait la grande carrosserie des Vedette à une mécanique quatre cylindres plus raisonnable.
Un style américain adapté à la route française
Le remodelage des Vedette de seconde série est attribué au styliste italien Luigi Rapi. La Chambord adopte les codes esthétiques alors en vogue outre-Atlantique : ailes arrière prolongées par des dérives pointues, pare-brise enveloppant, vaste lunette arrière, abondance de chromes et carrosserie bicolore. Simca proposait au lancement quinze combinaisons de couleurs pour la Chambord.
Le changement ne se limite pas à quelques ornements. La voiture atteint 4,75 m de longueur et sa carrosserie est sensiblement allongée par rapport à la première série Vedette, alors que l’empattement reste de 2,69 m. L’allongement profite surtout aux extrémités et accentue l’allure spectaculaire de la voiture. Avec ses banquettes larges et son coffre annoncé à environ un demi-mètre cube, elle conserve la vocation familiale et routière d’une grande berline quatre portes.
Dans la hiérarchie initiale, la Simca Beaulieu occupe le niveau inférieur. La Chambord se distingue par une présentation plus riche et un traitement décoratif plus élaboré. Elle n’est toutefois pas le sommet absolu de la gamme : ce rôle revient à la Simca Présidence, encore plus luxueuse et reconnaissable notamment à sa présentation spécifique et à sa roue de secours extérieure.
Le Simca Marly complète cette famille sous la forme d’un break. Sa carrosserie arrière spécifique permet de bien le différencier de la Chambord, dont les grands ailerons constituent l’une des signatures visuelles essentielles.
Le V8 Aquilon et la transmission Rush-Matic
La Chambord conserve le V8 à 90 degrés de 2 351 cm3 issu de l’héritage Ford. Ce moteur à soupapes latérales développe 84 ch SAE à 4 800 tr/min dans la configuration annoncée lors du lancement, contre 80 ch auparavant. Son taux de compression passe à 7,5:1 et son alimentation repose sur un carburateur double corps. La conception est simple et éprouvée, mais déjà ancienne face aux moteurs à soupapes en tête qui se généralisent.
La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte mécanique à trois rapports commandée au volant. À partir de 1959, Simca propose le système Rush-Matic. Malgré son appellation commerciale, il ne s’agit pas d’une boîte automatique classique. Le dispositif associe la transmission mécanique à un overdrive à commande électrique et permet d’obtenir des démultiplications intermédiaires, pour un total fonctionnel de cinq rapports utilisables.
Le reste de la conception demeure conventionnel pour une grande routière de cette époque : propulsion, suspension avant indépendante de type MacPherson, essieu arrière rigide suspendu par ressorts à lames et quatre freins à tambour. La vitesse maximale se situe autour de 145 km/h. Les mesures publiées à l’époque ou reprises dans les fiches techniques oscillent légèrement autour de cette valeur.
Fiche technique de la Simca Chambord
| Caractéristique | Simca Chambord française |
|---|---|
| Présentation | 1957, millésime 1958 |
| Production en France | 1957 à 1961 |
| Carrosserie | Berline 4 portes |
| Structure | Caisse autoporteuse |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteur | V8 essence à 90 degrés |
| Cylindrée | 2 351 cm3 |
| Alésage x course | 66,1 x 85,7 mm |
| Distribution | Arbre à cames central, soupapes latérales, 2 soupapes par cylindre |
| Alimentation | Carburateur double corps |
| Taux de compression | 7,5:1 |
| Puissance | 84 ch SAE à 4 800 tr/min |
| Couple | Environ 15,5 mkg, soit environ 152 Nm à 2 750 tr/min |
| Puissance fiscale | 13 CV |
| Boîte de vitesses | Mécanique à 3 rapports, commande au volant |
| Transmission optionnelle | Rush-Matic avec overdrive à partir de 1959 |
| Suspension avant | Indépendante de type MacPherson |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames |
| Direction | À vis et galet |
| Freins | Tambours aux quatre roues |
| Pneumatiques | 165 x 380 |
| Longueur | 4 750 mm |
| Largeur | 1 770 mm |
| Hauteur | 1 450 mm |
| Empattement | 2 690 mm |
| Poids | Environ 1,25 à 1,35 t suivant la définition et le millésime |
| Vitesse maximale | Environ 145 km/h |
| 400 m départ arrêté | Environ 21,5 s |
| 1 000 m départ arrêté | Environ 40 s |
| Réservoir | 55 litres |
Les évolutions de la Chambord jusqu’en 1961
La carrière française est courte mais la présentation évolue. Le millésime 1960 apporte notamment des changements dans la décoration extérieure, avec une séparation des deux tons simplifiée ainsi que des modifications de détails portant sur les enjoliveurs et la signalisation. La disparition de la Beaulieu modifie également la hiérarchie : la Chambord reprend une partie de son rôle et sa présentation devient moins exclusivement positionnée comme finition supérieure.
La production française s’arrête en 1961, même si des voitures encore disponibles sont commercialisées après l’arrêt des chaînes. Le chiffre de 61 835 Chambord françaises est le total le plus couramment retenu, avec une différence d’une unité dans certains décomptes. La ventilation généralement publiée fait état de 28 142 voitures en 1958, 15 966 en 1959, 13 914 en 1960 et seulement 3 813 en 1961. Elle illustre clairement le recul rapide de cette grande berline V8 sur le marché français.
Cette disparition accompagne une transformation plus générale de Simca. Les grandes Vedette cèdent progressivement la place à une gamme mieux adaptée au marché européen, dominée par des voitures plus compactes et moins coûteuses à utiliser. La Simca 1000, lancée en 1961, symbolise particulièrement bien cette nouvelle orientation, à l’opposé des dimensions, du V8 et de l’esthétique américaine de la Chambord.
La Chambord brésilienne, une histoire distincte
La Chambord ne disparaît pas avec la production française. Simca do Brasil lance son assemblage à São Bernardo do Campo, dans l’État de São Paulo, en 1959. Les premières voitures restent étroitement apparentées au modèle français et utilisent initialement une forte proportion d’éléments importés, avant que la fabrication soit progressivement localisée.
La gamme brésilienne évolue ensuite indépendamment. Le nom Chambord demeure utilisé jusqu’en 1966, avec une production généralement donnée à 42 910 exemplaires, mais les voitures reçoivent au fil des années des modifications propres à leur marché. Des appellations comme Alvorada ainsi que les évolutions mécaniques Tufão et Emi-Sul appartiennent à cette histoire brésilienne et non à la fiche technique de la Chambord construite à Poissy.
Cette distinction est importante car les deux carrières se chevauchent sans être identiques. La Chambord française reste fondamentalement la grande berline Vedette présentée en 1957 et produite jusqu’en 1961, tandis que la branche brésilienne transforme progressivement le concept d’origine jusqu’à préparer les modèles qui lui succéderont localement.
Une grande routière française devenue voiture de collection
La Chambord occupe aujourd’hui une place particulière parmi les Simca anciennes. Sa mécanique V8, ses dimensions et son style fortement américanisé la distinguent immédiatement des Aronde, 1000 et autres modèles à quatre cylindres qui ont diffusé la marque à beaucoup plus grande échelle. Elle représente aussi l’une des dernières tentatives d’un constructeur français généraliste de proposer une grande berline de série équipée d’un V8.
Son intérêt historique tient autant à cette singularité qu’à sa position dans l’histoire industrielle de Poissy. Elle matérialise la période de transition entre l’héritage de Ford SAF et la stratégie propre à Simca. Les exemplaires préservés permettent en outre d’observer une automobile française conçue pour offrir une part du prestige esthétique américain de la fin des années 1950 dans un format et une production adaptés au marché européen.
La rareté actuelle ne permet pas de déduire une cote unique à partir du seul modèle. L’état de la carrosserie, la corrosion, la conservation des éléments décoratifs spécifiques, l’authenticité de l’intérieur et la qualité mécanique ont une influence déterminante sur la valeur d’un exemplaire. La présence d’une Chambord dans les collections de la Cité de l’Automobile à Mulhouse confirme néanmoins la dimension patrimoniale acquise par cette grande Simca V8.




