Présentée en 1954, la Simca Régence occupe le sommet de la première gamme Simca Vedette. Cette grande berline française à moteur V8 naît pourtant chez Ford : elle est développée pour Ford SAF avant que Simca ne reprenne les activités françaises du constructeur américain et l’usine de Poissy. Luxueuse, abondamment chromée et reconnaissable à sa présentation bicolore, la Régence reste au catalogue jusqu’au renouvellement des Vedette en 1957.
D’une Ford française à la Simca Régence
L’histoire de la Régence est indissociable du changement de propriétaire de Ford SAF. Au début des années 1950, Ford prépare en France le remplacement de sa Vedette, commercialisée depuis 1948. La nouvelle génération adopte une carrosserie autoporteuse plus moderne, mais conserve un élément caractéristique de sa devancière : un moteur V8 à soupapes latérales. Son style, marqué par l’influence américaine, tranche nettement avec celui des Simca contemporaines.
La nouvelle gamme est présentée en 1954 alors que Ford est sur le point de se désengager de ses activités industrielles françaises. Simca, dirigée par Henri-Théodore Pigozzi, reprend Ford SAF et son usine de Poissy. À compter du 1er décembre 1954, les nouvelles Vedette passent sous la marque Simca. Cette chronologie explique pourquoi la Régence est parfois présentée comme un modèle 1955 : sa première apparition remonte bien à 1954, tandis que sa carrière commerciale sous l’écusson Simca commence à la fin de cette année pour le millésime 1955.
Simca hérite ainsi d’une voiture déjà développée plutôt que de concevoir entièrement sa nouvelle grande berline. L’opération lui permet surtout d’accéder immédiatement à un segment supérieur à celui de l’Aronde et de disposer de l’outil industriel de Poissy, appelé à prendre une importance majeure dans son histoire.
La version luxueuse de la gamme Vedette
La première famille Vedette est organisée autour de trois berlines partageant leur architecture et leur moteur. La Simca Trianon constitue l’offre la plus simple, tandis que la Régence se place à l’autre extrémité de la gamme. Entre les deux, la Versailles combine une présentation plus riche que la Trianon sans atteindre le niveau de finition de la Régence.
Cette hiérarchie est importante pour identifier correctement le modèle. La Régence n’est pas une Vedette dotée d’un moteur plus puissant : son V8 de 2 351 cm³ est fondamentalement commun aux autres berlines de la famille. Sa différence tient avant tout à son équipement et à sa décoration. La Simca Versailles est donc sa proche parente technique, et non une génération différente.
La Régence affiche ouvertement son statut haut de gamme. Sa carrosserie quatre portes reçoit davantage de chromes, une finition intérieure plus soignée et une peinture bicolore particulièrement travaillée. Sur la Régence, la seconde teinte ne se limite pas à un simple pavillon contrasté : la découpe remonte sur la partie supérieure des portes arrière et accompagne les ailes. Des enjoliveurs à dessin rayonné, des ornements chromés autour des projecteurs et les monogrammes Régence complètent cette présentation.
Cette silhouette illustre l’influence américaine de la voiture, avec une caisse basse et large, un long capot et une partie arrière nettement séparée de l’habitacle. Malgré cette apparence, la Régence n’utilise plus le châssis séparé des anciennes Ford Vedette. Sa structure monocoque et sa suspension avant indépendante de type MacPherson témoignent d’une conception sensiblement plus moderne.
Un V8 Aquilon au coeur de la Régence
Sous le capot se trouve l’une des particularités essentielles de la Régence : le V8 Aquilon d’origine Ford. D’une cylindrée de 2 351 cm³, ce moteur à 90 degrés conserve une distribution à soupapes latérales, une solution déjà traditionnelle au milieu des années 1950. Il développe environ 80 ch SAE et transmet sa puissance aux roues arrière par une boîte mécanique à trois rapports.
Avec environ 1,15 tonne à vide et une vitesse maximale proche de 140 km/h, la Régence privilégie davantage la souplesse et l’agrément de son huit cylindres que les performances sportives. Sa mécanique participe surtout à son positionnement inhabituel sur le marché français. À une époque où quatre cylindres et cylindrées modestes dominent largement la production nationale, une grande berline française équipée d’un V8 possède une identité très particulière.
Le reste de l’architecture demeure classique. Le moteur est installé longitudinalement à l’avant, la transmission est une propulsion et le train arrière repose sur un essieu rigide avec ressorts à lames. Le freinage est assuré par quatre tambours. Cette combinaison de solutions modernes et conventionnelles reflète bien la conception de la Vedette : carrosserie autoporteuse et train avant MacPherson côtoient un V8 à soupapes latérales et une boîte à seulement trois vitesses.
Fiche technique de la Simca Régence
| Caractéristique | Simca Régence |
|---|---|
| Carrosserie | Berline 4 portes |
| Structure | Monocoque, autoporteuse |
| Types | F52A, puis F72A pour le millésime 1957 |
| Moteur | V8 Aquilon à 90 degrés, essence, soupapes latérales |
| Cylindrée | 2 351 cm³ |
| Alésage x course | 66,1 x 85,7 mm |
| Alimentation | Carburateur double corps |
| Puissance | Environ 80 ch SAE |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 3 rapports |
| Suspension avant | Indépendante, type MacPherson |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames |
| Direction | Mécanique à vis et galet |
| Freins | Tambours aux quatre roues |
| Pneumatiques | 165 x 380 |
| Longueur | Environ 4,50 à 4,52 m selon millésime et source |
| Largeur | Environ 1,75 à 1,77 m selon source |
| Hauteur | Environ 1,45 à 1,48 m selon source |
| Empattement | 2,69 m |
| Voie avant | Environ 1,37 m |
| Voie arrière | Environ 1,34 m |
| Poids à vide | Environ 1 150 à 1 175 kg selon millésime et source |
| Vitesse maximale | Environ 140 km/h |
| Puissance fiscale | 13 CV |
| Réservoir | Environ 55 litres |
| Production | Poissy, France |
Les évolutions de 1955 à 1957
La carrière de la Régence est courte mais ne se déroule pas sans modifications. Les premiers exemplaires appartiennent au type F52A. Pour 1956, Simca apporte plusieurs changements de détail à la famille Vedette. Le remplissage du réservoir est notamment déplacé derrière la plaque d’immatriculation arrière, tandis que l’équipement évolue. Sur la Régence, le confort est renforcé par des accoudoirs centraux à l’avant et à l’arrière. Une installation radio Simca peut également compléter l’équipement.
La famille s’élargit avec la Simca Marly, un break dérivé des Vedette. Il ne faut pas pour autant parler de « Régence break » : Marly constitue une appellation distincte dans la gamme, même si son niveau de présentation et sa mécanique la rapprochent des Vedette les plus huppées.
Le millésime 1957 correspond au type F72A et apporte des changements plus visibles ou techniques. Le freinage et la direction évoluent, tout comme certains équipements électriques. Les feux arrière adoptent un dessin plus fin, tandis que la décoration du capot est revue. Sur la Régence, des emblèmes V8 apparaissent sur les ailes avant, rappelant ostensiblement ce qui demeure son principal signe distinctif mécanique.
La Régence conserve toutefois la même philosophie jusqu’à sa disparition. Simca ne cherche pas à en faire une sportive ni à développer une mécanique particulière pour cette finition. Elle demeure une grande routière confortable et richement décorée, destinée à donner à la marque une présence crédible dans le haut de gamme français.
La fin de la Régence et le renouvellement des Vedette
La Régence disparaît lors de la profonde évolution de la gamme Vedette présentée en 1957. Les nouvelles voitures adoptent une carrosserie remaniée, notamment à l’arrière, et Simca redistribue les appellations. La Simca Chambord reprend alors le rôle de grande berline luxueuse précédemment tenu par la Régence.
La hiérarchie est parallèlement étendue vers le haut avec la Simca Présidence, version particulièrement prestigieuse de la nouvelle famille. La Régence appartient donc exclusivement à la première série des nouvelles Vedette de 1954 à 1957 : employer son nom pour désigner les berlines haut de gamme qui lui succèdent conduit à mélanger deux périodes et plusieurs finitions différentes.
À côté de cette lignée V8, Simca exploite également la grande carrosserie de Poissy avec une mécanique plus économique. La Simca Ariane associe ainsi une caisse issue de la famille Vedette à un quatre cylindres, répondant à une logique commerciale très différente de celle de la Régence.
Production, prix et rareté
Les chiffres de production constituent un piège fréquent dans l’histoire de la Régence. Environ 105 000 Vedette de première série ont été produites, toutes versions confondues, mais ce total ne correspond pas à la Régence seule. Aucune ventilation suffisamment solide de la production par finition ne permet d’attribuer ce nombre à la berline haut de gamme. Les types F52A et F72A permettent en revanche de distinguer les principales étapes administratives et techniques de sa carrière.
Son tarif reflétait son rang dans la gamme. Les données d’époque disponibles situent son prix autour de 1,035 million d’anciens francs, puis 1,049 million au Salon 1956, l’écart correspondant notamment à l’évolution des tarifs et des millésimes. Il s’agissait donc d’une automobile sensiblement plus ambitieuse que les modèles de grande diffusion qui constituaient l’essentiel du marché français.
La Régence est aujourd’hui peu courante. Les recensements de clubs français ne regroupent que quelques dizaines de F52A et de F72A connues, sans que ces données puissent être assimilées au nombre réel d’exemplaires encore existants. Son intérêt historique tient notamment à cette combinaison singulière : une automobile conçue dans l’univers Ford, devenue Simca au moment même de son lancement, produite à Poissy et équipée d’un V8 dans la France automobile du milieu des années 1950.




