Dévoilée en 2020, la Bugatti Bolide pousse le moteur W16 de Molsheim dans une direction radicalement différente de celle des hypersportives routières de la marque. Très basse, fortement appuyée sur son aérodynamique et exclusivement destinée au circuit, elle naît d’abord comme une étude expérimentale avant que Bugatti ne décide d’en produire 40 exemplaires. La voiture livrée aux clients diffère toutefois sensiblement du spectaculaire prototype initial, notamment par sa puissance, son poids et ses performances annoncées.
Du concept de 2020 à la Bolide de production
Le projet présenté en octobre 2020 répond à une question simple dans son principe : jusqu’où Bugatti peut-elle aller en construisant une machine de piste autour de son W16 8,0 litres quadriturbo ? Libérée des contraintes d’homologation routière, l’équipe privilégie la légèreté, l’appui aérodynamique, le refroidissement et les performances sur circuit. La Bolide rompt ainsi avec la polyvalence extrême de la Bugatti Chiron, même si les deux voitures partagent la filiation de leur moteur W16.
Le prototype de 2020 est particulièrement ambitieux : Bugatti annonce alors 1 850 PS avec du carburant à 110 octanes, une masse de 1 240 kg et une vitesse maximale théorique supérieure à 500 km/h. Ces valeurs ont largement façonné la réputation de la Bolide, mais elles ne correspondent pas aux spécifications définitives des voitures livrées aux clients. Les temps théoriques alors évoqués pour Le Mans ou le Nürburgring provenaient également de simulations et ne constituent pas des records réalisés sur piste.
En août 2021, Bugatti confirme à The Quail la fabrication d’une série de 40 exemplaires. Le passage du concept à une voiture destinée à de véritables journées de roulage impose plusieurs années de développement. La conception définitive est progressivement figée, des prototypes prennent la piste en 2023 et les essais se poursuivent jusqu’en 2024. La production client s’étend ensuite sur 2024 et 2025, le quarantième et dernier exemplaire quittant l’Atelier de Molsheim en novembre 2025.
Une véritable voiture de piste autour du W16
La Bolide de série conserve le W16 de 7 993 cm³ à quatre turbocompresseurs, mais dans une configuration de 1 600 PS et 1 600 Nm. Cette puissance est transmise aux quatre roues par une boîte à double embrayage à sept rapports adaptée au circuit. Le moteur est installé longitudinalement en position centrale arrière. Contrairement aux 1 850 PS du prototype, les 1 600 PS constituent donc la valeur à retenir pour la voiture de production.
La transformation ne consiste pas à retirer quelques équipements d’une Chiron. La Bolide reçoit une monocoque spécifique en fibre de carbone, développée en tenant compte d’exigences de sécurité inspirées des prototypes d’endurance LMH et LMDh. La suspension fait appel à des doubles triangles et à des composants conçus pour les fortes contraintes du circuit, avec notamment des éléments en titane réalisés par fabrication additive et des articulations uniball.
Le freinage illustre encore davantage cette spécialisation. Bugatti utilise avec Brembo des disques carbone-carbone de 390 mm, associés à des étriers à huit pistons à l’avant et six à l’arrière. Les jantes BBS Racing forgées de 18 pouces reçoivent des slicks Michelin Racing de 30/68-18 devant et 34/71-18 derrière. La Bolide se situe ainsi bien au-delà d’une Bugatti Chiron Pur Sport plus agile et plus orientée vers le pilotage que la Chiron standard, mais toujours conçue et homologuée pour la route.
Fiche technique de la Bugatti Bolide
| Caractéristique | Bugatti Bolide de production |
|---|---|
| Type | Hypersportive biplace exclusivement destinée au circuit |
| Moteur | W16 essence, 64 soupapes, quatre turbocompresseurs |
| Cylindrée | 7 993 cm³ |
| Implantation | Longitudinale, centrale arrière |
| Puissance maximale | 1 600 PS à 7 050 tr/min |
| Couple maximal | 1 600 Nm |
| Transmission | Intégrale permanente |
| Boîte de vitesses | Double embrayage à 7 rapports |
| Structure | Monocoque spécifique en fibre de carbone |
| Suspension avant | Doubles bras transversaux, poussoirs, ressorts-amortisseurs couchés |
| Suspension arrière | Doubles bras transversaux, ressorts-amortisseurs verticaux |
| Freins avant | Carbone-carbone, disques 390 x 34 mm, étriers 8 pistons |
| Freins arrière | Carbone-carbone, disques 390 x 38 mm, étriers 6 pistons |
| Jantes | BBS Racing forgées en aluminium, 18 pouces |
| Pneus avant | Michelin Racing Slicks 30/68-18 |
| Pneus arrière | Michelin Racing Slicks 34/71-18 |
| Longueur | 4 835 mm |
| Largeur | 2 100 mm hors rétroviseurs, 2 400 mm avec rétroviseurs |
| Hauteur | 1 047 mm |
| Empattement | 2 750 mm |
| Porte-à-faux avant | 1 050 mm |
| Porte-à-faux arrière | 900 mm |
| Poids à sec | 1 450 kg, valeur théorique possible annoncée par Bugatti |
| Rapport poids/puissance | 0,91 kg/PS |
| Vitesse maximale | 380 km/h |
| 0 à 100 km/h | 2,2 s |
| 0 à 200 km/h | 5,4 s |
| 0 à 300 km/h | 11,5 s |
| 60 à 100 km/h | 3,2 s |
| 80 à 120 km/h | 2,2 s |
| 150 à 250 km/h | 4,1 s |
| 100 à 0 km/h | 2,5 s, 30 m |
| 200 à 0 km/h | 4,2 s, 105 m |
| 300 à 0 km/h | 6,0 s, 228 m |
| 0 à 100 à 0 km/h | 4,7 s |
| 0 à 200 à 0 km/h | 9,7 s |
| 0 à 300 à 0 km/h | 17,5 s |
| Accélération latérale maximale | Jusqu’à 2,5 g |
Une aérodynamique dictée par le circuit
La carrosserie obéit à une logique de fonction avant tout. L’habitacle est extrêmement compact, la voiture ne mesure que 1 047 mm de haut et d’immenses ouvertures canalisent l’air vers les organes mécaniques ou les surfaces aérodynamiques. L’aileron arrière, le vaste diffuseur, le soubassement travaillé et les différents conduits doivent produire de l’appui tout en maîtrisant le refroidissement du W16, des freins et de la transmission. Bugatti évoque jusqu’à environ trois tonnes d’appui dans les conditions les plus rapides.
La signature en X visible dans les feux et à l’arrière est l’un des traits les plus reconnaissables du modèle. Bugatti la rapproche notamment des bandes adhésives en croix autrefois appliquées sur les phares des voitures de course. Cette recherche graphique prolonge certaines expérimentations amorcées avec la Bugatti Vision Gran Turismo, mais la Bolide pousse beaucoup plus loin l’intégration entre dessin et fonction aérodynamique.
La vitesse maximale officielle de 380 km/h peut sembler presque modeste face aux Bugatti routières spécialisées dans la très haute vitesse. C’est précisément ce qui distingue le projet. Là où la Bugatti Chiron Super Sport privilégie notamment la stabilité et l’efficacité aérodynamique à très haute vitesse, la Bolide accepte davantage de traînée pour générer l’appui nécessaire aux freinages et aux passages en courbe. Son objectif n’est donc pas de devenir la Bugatti affichant le chiffre de vitesse maximale le plus élevé.
Une machine radicale mais pensée pour ses propriétaires
Malgré son apparence de prototype de compétition, la Bolide n’est pas conçue pour courir dans un championnat. Elle n’est homologuée ni pour la route ni pour une catégorie FIA telle que le LMH ou le LMDh. Sa vocation est celle d’une machine de track-day extrêmement performante destinée à des clients privés. Elle ne possède donc aucun palmarès officiel en compétition.
Bugatti a néanmoins cherché à rendre cette expérience exploitable par des pilotes amateurs expérimentés. La voiture conserve une direction assistée, la climatisation et des sièges ergonomiques. Le poste de conduite et les commandes restent volontairement dépouillés, mais l’objectif n’est pas de reproduire toutes les contraintes d’un prototype d’endurance professionnel.
Le développement a bénéficié du travail d’Andy Wallace, pilote Bugatti et vainqueur des 24 Heures du Mans 1988. Lors des essais menés au Mans en 2023, la Bolide a dépassé 350 km/h. Les programmes organisés ensuite pour les propriétaires, notamment sur le Circuit of the Americas et au Paul Ricard, ont permis aux voitures clientes d’être utilisées dans le cadre pour lequel elles avaient été conçues.
40 exemplaires et la fin d’une époque chez Bugatti
Bugatti a limité la production à 40 voitures, proposées lors de l’annonce du programme à 4 millions d’euros hors taxes chacune. Ce faible volume, associé à l’absence d’homologation routière et à une conception très spécifique, place la Bolide dans une catégorie à part au sein de la production moderne de Molsheim. Elle n’est ni une nouvelle déclinaison de Chiron, ni un modèle destiné à lui succéder.
Sa place historique tient surtout à son moteur. Avec la Bugatti Mistral, la Bolide appartient aux dernières expressions du W16 quadriturbo qui a défini l’ère moderne de la marque. La génération suivante change profondément de philosophie avec la Bugatti Tourbillon et son groupe motopropulseur hybride articulé autour d’un V16 atmosphérique.
Le dernier exemplaire de Bolide a quitté l’Atelier de Molsheim en novembre 2025. Sa configuration Black Blue et Bleu Lyonnais a été choisie en référence à une Bugatti Type 35 appartenant au même collectionneur. Ce rapprochement entre une voiture de Grand Prix des années 1920 et une hypersportive de piste à moteur W16 illustre aussi la fonction particulière de la Bolide dans l’histoire de Bugatti : utiliser une mécanique arrivée au terme de son développement routier pour créer une automobile entièrement centrée sur le circuit.




